Stockage du gaz naturel en France : un rôle stratégique !
Guerre en Ukraine, décision de l’Union européenne de sortir de sa dépendance au gaz naturel russe… Pour sécuriser votre approvisionnement en gaz tout au long de l’année, il est plus que jamais essentiel de le stocker. Mais comment le fait-on en France ? Quel rôle joue vraiment le stockage du gaz naturel dans la régulation énergétique du pays ? Explications.
Comment stocke-t-on le gaz naturel en France ?
En France, on stocke aujourd’hui l’équivalent d’un quart de la consommation annuelle totale de gaz naturel (1). C’est donc beaucoup, beaucoup de gaz à mettre en réserve ! Pour le stocker, il existe deux solutions : la principale est sous nos pieds, à très grande profondeur, et l’autre, dans des réservoirs extérieurs.
Le stockage souterrain du gaz
Il existe trois manières de stocker le gaz naturel dans le sous-sol :
- Dans des nappes aquifères, vastes réserves d’eau situées à grande profondeur dans des roches poreuses. En injectant du gaz sous pression, l’eau se voit chassée et le gaz naturel prend sa place, stocké sous des centaines de mètres de couches rocheuses ou d’argile imperméables.
- Dans des cavités salines. Il s’agit ici de couches de sels minéraux profondes, dans lesquelles on vient créer des cavités étanches en injectant de l’eau, qui va dissoudre le sel. On y injecte ensuite à très haute pression le gaz naturel. « L’avantage de cette technique est la rapidité à laquelle on peut remplir et vider un stockage, à l’inverse du stockage en nappe aquifère », explique Raphaël Fuxet, en charge de l’approvisionnement des clients au sein du département Gaz chez EDF.
- Dans des gisements déplétés, d’anciens gisements de gaz ou de pétrole dont l’exploitation est terminée. S’ils ont hébergé du gaz un jour, c’est qu’ils peuvent tout à fait en contenir de nouveau !
Pour l’anecdote, la France a ouvert son premier site de stockage en 1956, à Beynes (Yvelines) (2). Aujourd’hui, le pays compte 15 sites de stockage souterrain de gaz naturel.
Le stockage du gaz naturel liquéfié (GNL)
Une partie du gaz naturel consommé en France est importée de pays plus lointains et non-raccordés à l’Europe par gazoducs. Résultat, il faut transporter ce gaz sur des navires. Pour y parvenir, on liquéfie le gaz naturel en le refroidissant à des températures extrêmes, car le gaz naturel liquéfié (GNL) occupe 600 fois moins de place que sous forme gazeuse (3). Il peut donc être déplacé dans d’immenses navires spécialisés, appelés méthaniers.
Arrivés en France, ces gigantesques bateaux déchargent leur cargaison dans l’un des quatre terminaux méthaniers du pays : Dunkerque, Montoir-de-Bretagne, Fos-Cavaou et Fos-Tonkin, près de Marseille. Et c’est ici que le GNL peut être stocké temporairement, dans de grandes bonbonnes sphériques extérieures.
99 % du gaz naturel consommé en France est importé
Depuis 2003, à l’exception du biogaz produit grâce à la méthanisation, la France ne compte plus aucun site d’extraction de gaz naturel sur son sol. Traduction : 99 % du gaz naturel est importé.
D’où provenait le gaz naturel en France en 2020 (4) ?
1. Norvège 36 %
2. Russie 17 %
3. Algérie 8 %
4. Pays-Bas 8 %
5. Nigeria 7 %
6. Qatar 2 %...
Cette dépendance vis-à-vis de l’extérieur pour le gaz naturel implique de savoir faire des stocks. « Il s’agit de stockage de gaz à cycle annuel : on remplit les stockages l'été quand la consommation de gaz est faible, puis on les vide l’hiver, quand la France a besoin de gaz, notamment pour se chauffer », explique Raphaël Fuxet.
Le stockage du gaz, une activité totalement régulée par l’État
Pouvoir disposer de gaz toute l’année est si stratégique que le stockage est une activité fermement encadrée par l’État, comme le transport et la distribution. En 2018, une réforme a permis de clarifier la situation. « Elle a abouti à une véritable régulation du stockage du gaz naturel, indique Raphaël Fuxet. Avec deux objectifs : garantir une sécurité d’approvisionnement tout en facilitant la commercialisation du gaz. » Depuis cette réforme, le stockage du gaz naturel en France est mis chaque année aux enchères. Les fournisseurs de gaz, comme EDF, achètent donc des capacités de stockage.
Stocker du gaz pour sécuriser l’approvisionnement des Français
« Pour s’assurer que le stockage sera bien utilisé, l’Etat a prévu un filet de sécurité en définissant un minimum de stockage. Il peut ainsi obliger les fournisseurs à compléter la souscription de stockage si ce minimum n’est pas atteint », précise Raphaël Fuxet.
Et cela fonctionne car, depuis 2018, « tout le stockage a systématiquement été vendu aux enchères. Cette réforme a assuré un stockage du gaz efficace dans le pays, ce qui est une force dans le contexte actuel ».
Pour vous faire une idée, sachez qu’en hiver, le stockage du gaz assure 50 % de la consommation du pays (1) ! Sans ces réserves, la France subirait des pénuries aux conséquences sociales et économiques lourdes.
Quel avenir pour le transport et le stockage de gaz dans un futur bas carbone ?
D’origine fossile, le gaz naturel n’est pas une énergie décarbonée. La France s’étant fixé pour objectif d’atteindre la « neutralité carbone » d’ici 2050, cela implique de réduire fortement la consommation de gaz dans les années à venir. Que deviendront alors les milliers de kilomètres de canalisations des réseaux de transport et de distribution, et les sites de stockage ?
En réalité, ils n’ont pas dit leur dernier mot ! On évoque déjà l’hydrogène bas carbone (produit à partir d’électricité renouvelable) et le biogaz, dont la production est appelée à se démultiplier dans les années à venir, pour remplacer le gaz naturel dans ces infrastructures. Les cavités souterraines pourraient bien accueillir ces gaz décarbonés dans un avenir pas si lointain…
Sources :
(1) https://www.connaissancedesenergies.org/tribune-actualite-energies/le-stockage-souterrain-du-gaz-naturel-un-outil-precieux-de-stabilite-des-prix#notes
(2) https://www.economie.gouv.fr/files/files/directions_services/cge/stockage-souterrain-gaz.pdf
(3) https://www.afgaz.fr/biomethane-2-2
(4) Chiffres clés de l'énergie - Édition 2021, ministère de la Transition écologique
